lente dissolution des valeurs sur rythme effréné

La classe ouvrière s’est enfuie est le nouvel extrait de Ici et Là-bas, le troisième album de Michel Cloup, musicien français aux multiples talents. Chanteur, guitariste et metteur en son, il est connu pour son travail au sein du groupe Diabologum de 1993 à 1998. Mais, pour casser l’aspect monolithique du rock, Michel Cloup a décidé de se tourner vers une composition de parole plus éclatée, plus variée, et c’est à travers l’extrait «la classe ouvrière s’est enfuie», qu’il offre avec son acolyte un nouveau souffle, une nouvelle énergie et des tempos plus rapides.

Dans son nouvel extrait, Michel Cloup ne chante pas mais parle, sur un rythme répétitif et un fond sonore très varié. Le son de la batterie donne un dynamisme à la musique et aux paroles, pour appuyer le message qu’il veut faire passer, pour soutenir la contestation et la révolte face aux inégalités sociales.

 «Mais plus grand-chose de nos valeurs», voilà l’amer constat que dresse le chanteur qui  nous donne un aperçu de notre société et dénonce à travers ses paroles le fait qu’il n’y a plus de valeurs qui tiennent de nos jours et que certains encore s’y accrochent mais sans avoir l’espoir de réussir. Avec des mots percutants, le chanteur nous donne à réfléchir et à prendre du recul sur l’évolution des rapports de classe.

Son approche est originale, car personnelle : le chanteur va venir s’identifier au texte, avec ses expériences et sa franchise. Il aborde d’abord la mort de ses parents qui lui ont appris à vivre et à se construire dans une société difficile et à survivre face aux obstacles les plus périlleux. Il va ensuite à la rencontre d’un homme âgé qui travaille dans une usine et qui porte en lui un sentiment de révolte et d’injustice. A travers cette figure de l’ouvrier, Michel Cloup nous donne à voir le désespoir d’une société imparfaite et le mépris qui la ronge de l’intérieur.

La révolte, la colère, la haine sont des sentiments que l’auteur ne peut s’empêcher d’exprimer car l’homme hypnotisé par le travail ne s’aperçoit plus qu’il y a une lente dissolution des valeurs humaines  et qu’il n’y a plus de sentiment d’appartenance.

 

Magali YANG, LP Jean Geiler, Strasbourg